Le Gouvernement congolais a entériné l’opérationnalisation de l’Accord de gouvernance et de gestion de la Zone maritime d’intérêt commun (ZIC) entre la République démocratique du Congo et l’Angola.
Le dossier a été présenté au Conseil des Ministres du vendredi 14 août 2026 par la Ministre d’État, Ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo.
Selon le Gouvernement, plusieurs avancées ont déjà été enregistrées, notamment la ratification des instruments juridiques relatifs à la ZIC et leur publication au Journal officiel, la mise en place des organes mixtes chargés de la gouvernance de cette zone ainsi que la signature de l’avenant au contrat de partage de production.
Le Gouvernement considère l’opérationnalisation de la ZIC comme un levier susceptible d’élargir les ressources publiques du pays.
Le mécanisme doit permettre à la RDC et à l’Angola de se partager les revenus provenant de l’exploitation pétrolière, notamment les bonus, impôts, taxes et pénalités générés par les opérations.
Outre les recettes, Kinshasa attend également de ce projet la création d’emplois qualifiés, le renforcement des compétences techniques nationales et une plus grande diversification des approvisionnements énergétiques.
En quoi consiste concrètement la ZIC ?
La Zone maritime d’intérêt commun est un espace offshore situé entre la RDC et l’Angola dans lequel les deux pays ont choisi d’exploiter ensemble les ressources pétrolières, plutôt que de mener séparément les opérations dans une zone faisant l’objet d’intérêts communs.
Le principe est donc celui d’une gestion partagée. Les deux États ont établi un cadre juridique et institutionnel commun, défini les règles de gouvernance et organisé la répartition des revenus tirés de l’exploitation.
Au cœur du projet se trouve notamment le bloc pétrolier 14/23. Celui-ci doit passer par plusieurs étapes avant de générer effectivement des revenus : exploration du sous-sol marin, identification des réserves exploitables, développement des installations puis, si les résultats sont concluants, mise en production commerciale.
La prochaine phase doit justement permettre d’avancer vers les travaux d’exploration. Ceux-ci seront déterminants puisqu’ils permettront d’établir plus précisément le potentiel pétrolier du bloc et sa rentabilité économique.
Cette évolution intervient après la signature, le 22 juillet 2026 à Luanda, d’un avenant au contrat de partage de production du bloc 14/23.
Cet instrument devait compléter les dispositions administratives, juridiques et financières nécessaires au passage vers les opérations.
2,78 milliards USD potentiels pour la RDC
L’enjeu financier est important. En octobre 2024, le ministère congolais des Finances avait évalué à 5,56 milliards USD les recettes fiscales susceptibles d’être générées par le projet pour les deux pays.
Le mécanisme de partage prévoit une répartition à parts égales entre la RDC et l’Angola. Sur cette base, la part théorique revenant à Kinshasa pourrait atteindre environ 2,78 milliards USD, soit autant pour Luanda.
Il s’agit cependant d’une projection. Les recettes réellement encaissées seront fonction des résultats de l’exploration, des réserves découvertes, des volumes qui pourront être produits, des investissements nécessaires ainsi que de l’évolution des prix du pétrole.
Un dossier vieux de près de vingt ans
Le projet remonte à 2007, lorsque la RDC et l’Angola avaient posé les premières bases d’une exploitation commune des ressources pétrolières de cet espace maritime.
Une nouvelle étape a été franchie avec l’Accord de gouvernance signé le 13 juillet 2023, puis avec le contrat de partage de production du bloc 14/23 conclu en décembre de la même année.
Le consortium chargé du bloc est conduit par CABGOC, filiale de Chevron, avec 31 % des intérêts. Azule Energy et ETU Energias disposent chacune de 20 %, Galp de 9 %, tandis que Sonangol et la société congolaise Sonahydroc détiennent chacune 10 %.
Pour la RDC, le projet peut donc être lu à travers deux chiffres : 10 % de participation de Sonahydroc dans le consortium et environ 2,78 milliards USD de recettes fiscales potentielles pour l’État congolais dans le cadre du partage avec l’Angola.
Mais avant les recettes, l’étape décisive reste désormais l’exploration. C’est elle qui permettra de savoir quelle quantité de pétrole peut réellement être produite dans le bloc 14/23 et, surtout, dans quelles conditions économiques.
Flory MUSISWA