Félix Tshisekedi est arrivé lundi en Israël pour une visite de travail destinée à approfondir une coopération en plein essor dans les secteurs de la sécurité, de la défense, de l’agriculture et des technologies.

Invité par son homologue israélien Isaac Herzog, M. Tshisekedi doit s’entretenir à Jérusalem avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, puis avec le président israélien.

Les discussions doivent porter sur la sécurité, la défense, l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et les hautes technologies, présentées par Kinshasa comme des secteurs essentiels au développement et à la souveraineté de la RDC.

Le président congolais doit également faire le point sur des mémorandums d’entente signés le 27 juillet par la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner. Le contenu détaillé de ces textes n’a pas été précisé dans l’annonce de la présidence.

Les deux parties doivent en outre examiner les possibilités d’investissements israéliens dans le cadre du corridor de Lobito, axe ferroviaire reliant les régions minières de la RDC et de la Zambie au port angolais de Lobito, sur l’océan Atlantique.

Cette visite intervient alors que Kinshasa et Jérusalem multiplient les échanges diplomatiques et sectoriels.

Une délégation congolaise conduite par le ministre de l’Emploi et du Travail, Ferdinand Massamba wa Massamba, s’est notamment rendue à Jérusalem pour préparer un accord de coopération portant sur l’insertion professionnelle des jeunes, les emplois verts, la formation et l’innovation technologique.

La délégation comprenait des responsables de l’Office national de l’emploi (ONEM) et de l’Institut national de préparation professionnelle (INPP). Elle a visité plusieurs centres israéliens de formation professionnelle.

Les échanges ont notamment porté sur le programme présidentiel congolais « Jeune Debout », consacré à l’autonomisation et à l’insertion professionnelle des jeunes, ainsi que sur le Plan national de développement des emplois verts.

Selon M. Massamba wa Massamba, les deux parties ont posé les bases d’un accord dont la date de signature doit encore être arrêtée. Kinshasa souhaite notamment s’inspirer de l’expérience israélienne dans la formation professionnelle, l’agriculture durable, l’innovation et l’économie circulaire.

Le ministre israélien cité dans le compte rendu de cette mission a, pour sa part, estimé que les technologies israéliennes, associées à la main-d’œuvre et aux terres disponibles en RDC, pourraient favoriser la production agricole, les exportations et la création d’emplois.

Une relation relancée depuis 2021

Le déplacement de M. Tshisekedi est son deuxième voyage officiel en Israël depuis 2021. Il fait également suite à la visite effectuée à Kinshasa par Isaac Herzog en novembre 2025, présentée par le président congolais comme « historique ».

Félix Tshisekedi avait alors affirmé qu’aucun chef d’État israélien ne s’était rendu en RDC, à l’époque appelée Zaïre, depuis quarante ans. Il avait rappelé que le dernier président israélien à avoir effectué ce déplacement était Chaim Herzog, père d’Isaac Herzog.

« Israël revient par la grande porte en République démocratique du Congo », avait déclaré le chef de l’État congolais lors d’un point de presse conjoint.

Les deux dirigeants avaient identifié plusieurs domaines de coopération : la sécurité, la défense, l’agriculture, les infrastructures, les hautes technologies et la protection de l’environnement.

M. Tshisekedi avait également invité les entreprises israéliennes à investir dans les secteurs minier, énergétique, agricole, éducatif et sanitaire de la RDC.

Le président congolais avait réaffirmé à cette occasion le soutien de son pays à Israël, déclarant que la RDC « est et demeurera un ami d’Israël » et qu’elle tenait « à l’existence d’Israël » ainsi qu’à la paix dans ce pays.

Isaac Herzog avait, de son côté, remercié Kinshasa pour son soutien à Israël au sein de l’Union africaine et salué l’élection de la RDC comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies à compter de janvier 2026.

La crise dans l’est de la RDC évoquée

La situation sécuritaire dans l’est congolais avait également figuré au programme de la visite du président israélien à Kinshasa.

M. Herzog avait soutenu les efforts américains engagés pour tenter de résoudre la crise entre la RDC et le Rwanda, mais n’avait pas directement condamné Kigali pour son rôle dans le conflit impliquant la rébellion de l’AFC/M23.

Il avait appelé la communauté internationale à accorder davantage d’attention aux conflits africains, affirmant que « la crise n’est pas seulement au Moyen-Orient ».

Kinshasa est engagé dans deux processus diplomatiques distincts pour tenter de mettre fin à la guerre dans l’est du pays : l’accord de Washington entre la RDC et le Rwanda et les discussions de Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.

Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir et de diriger l’AFC/M23, qui contrôle plusieurs territoires de l’est de la RDC. Kigali rejette ces accusations.

La question des ambassades

Le rapprochement entre Kinshasa et Jérusalem avait déjà été affirmé en septembre 2023, lors d’une rencontre entre Félix Tshisekedi et Benjamin Netanyahu en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

Selon la présidence congolaise, le Premier ministre israélien avait alors promis l’ouverture d’une ambassade d’Israël à Kinshasa. M. Tshisekedi s’était engagé, en contrepartie, à transférer l’ambassade congolaise de Tel-Aviv à Jérusalem.

Le corpus communiqué ne précise pas si ces deux engagements ont depuis été mis en œuvre.

Dès mars 2020, le président congolais avait annoncé son intention d’installer à Jérusalem une section économique de l’ambassade de la RDC. Il avait également participé à Washington à une conférence de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), organisation américaine favorable à Israël.

Ce positionnement avait suscité des réserves en RDC. Alexis Thambwe Mwamba, alors président du Sénat, avait appelé Kinshasa à la prudence afin de ne pas fragiliser ses relations avec l’Union africaine.

L’octroi à Israël du statut d’observateur auprès de l’organisation continentale fait l’objet de profondes divisions, plusieurs pays, dont l’Algérie et l’Afrique du Sud, s’y étant opposés.

En octobre 2023, après les attaques du Hamas en Israël, Félix Tshisekedi avait condamné des « attaques terroristes », exprimé sa solidarité avec le peuple israélien et réaffirmé la volonté de la RDC de combattre le terrorisme aux côtés d’Israël.

La Commission de l’Union africaine avait, pour sa part, appelé à la fin des hostilités et rappelé le droit du peuple palestinien à disposer d’un État indépendant et souverain.

Aucune indication n’a été fournie sur la durée de la visite de M. Tshisekedi ni sur les accords susceptibles d’être signés à Jérusalem.