Ce week-end, tous les regards se tournent vers New Delhi. L’Inde, qui préside les BRICS en 2026, accueille le sommet à Bharat Mandapam les 12 et 13 septembre.

Un sommet anniversaire, puisque le groupe fête ses 20 ans cette année. Et un sommet qui n’a plus grand-chose à voir avec le club de cinq pays d’autrefois. Onze membres désormais, une dizaine de pays partenaires, et un thème autour de la résilience, de l’innovation, de la coopération et de la durabilité.

Mais soyons honnêtes. Ce qui va faire les gros titres, ce n’est pas le communiqué final. C’est une image. Celle du président chinois foulant le sol indien, sa première visite en Inde depuis 2019. C’est le signe que Beijing et New Delhi ont décidé de renouer le fil de la coopération.

Pourquoi maintenant ?

Regardez Washington. Les relations américano-indiennes sont tombées à un plus bas historique en 2025, après des droits de douane allant jusqu’à 50%. Le partenaire stratégique courtisé pendant vingt ans s’est retrouvé traité en adversaire commercial.

Depuis février, ces droits ont été ramenésà 18% et les deux pays négocient. Mais la leçon a été retenue à New Delhi. La diversification n’est plus une option, c’est une assurance-vie.

Et c’est là que les vingt ans des BRICS prennent tout leur sens.

En 2006, quatre ministres des Affaires étrangères se réunissent en marge de l’ONU. Personne n’y croit vraiment. Vingt ans plus tard, le groupe pèse près de la moitié de la population mondiale et une part du PIB en parité de pouvoir d’achat supérieure à celle du G7.

Et à chaque étape, la Chine a été le moteur. La Nouvelle Banque de Développement, installée à Shanghai. Le format « BRICS Plus », lancé à Xiamen en 2017. L’élargissement, décidé sous présidence chinoise en 2022, puis concrétisé à Johannesburg et à Kazan.

L’expansion n’était pas une fuite en avant. C’était la reconnaissance que le Sud global ne pouvait plus être représenté par cinq capitales.

L’an dernier, lors du sommet virtuel des dirigeants, Xi Jinping a fixé le cap de ce qu’il appelle la « coopération des BRICS élargie».

Défendre le système commercial multilatéral face aux droits de douane unilatéraux, améliorer la gouvernance mondiale, approfondir l’ouverture.

Quelques jours plus tôt, à Tianjin, au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, il avait lancé l’Initiative pour la gouvernance mondiale.

Cinq principes : l’égalité souveraine, le respect du droit international, le multilatéralisme, la primauté de l’humain, et surtout l’action concrète. Les BRICS sont le premier laboratoire de cette initiative.

Le message de Beijing est constant.

Les BRICS prônent l’ouverture, la coopération gagnant-gagnant, le développement commun. Pas de confrontation de blocs, pas de ciblage d’un pays tiers.

Le monde est assez grand, personne ne peut empêcher ce mécanisme de coopérer librement et de grandir. Et le groupe entend continuer à élargir ses domaines de coopération pour injecter dans l’ordre international davantage de démocratie, d’égalité et de justice.

Alors, que retenir de New Delhi ?

Le monde multipolaire ne se décrète pas dans les discours, il se construit dans les calendriers diplomatiques. Et ce week-end, le calendrier parle de lui-même.

Shanhui ZHANG

Présentatrice et chroniqueuse
CGTN