Alors que les élèves retrouvent progressivement le chemin de l’école en République démocratique du Congo, certains acteurs culturels misent sur le cinéma comme outil pédagogique. C’est le cas de Pole Projection, un programme porté par Pole Corporation qui organise, depuis 2018, des projections de films dans des établissements scolaires.

Le projet s’inscrit dans le cadre du programme Éduquer par le moyen du divertissement (EMD). Son principe est de proposer aux élèves des œuvres cinématographiques à vocation éducative, tout en leur permettant de découvrir le langage et les pratiques du cinéma.

Jusqu’ici, les activités de Pole Projection se sont notamment déroulées à Kinshasa, Kikwit et Moanda. Pour l’année scolaire 2026-2027, Matadi vient s’ajouter aux villes déjà concernées par le programme.

« Nous nous sommes donné cette mission d’amener le cinéma vers les enfants, vers les élèves, pour appuyer cette dimension d’éducation à l’image et les initier, d’une certaine manière, aux pratiques cinématographiques », explique Kevin Mavakala, coordinateur du projet.

Amener le cinéma là où les salles font défaut

Pour les initiateurs du programme, le développement de l’éducation à l’image constitue un enjeu majeur dans un contexte où l’accès au cinéma reste limité dans plusieurs régions du pays.

Pole Projection entend ainsi déplacer le cinéma vers les établissements scolaires plutôt que d’attendre que les élèves puissent eux-mêmes accéder aux salles de projection. Cette démarche est donc une manière de créer des espaces collectifs de découverte cinématographique dans des environnements où ces infrastructures sont peu accessibles.

L’objectif affiché est également de permettre aux jeunes spectateurs de développer une lecture plus critique des images auxquelles ils sont quotidiennement exposés.

Pour Pole Projection, le cinéma est comme un outil pédagogique permettant notamment de « décrypter les codes visuels, développer l’esprit critique, susciter des émotions et découvrir d’autres cultures et réalités ».

« L’éducation à l’image n’existe pas véritablement dans notre environnement et il n’y a pas suffisamment de salles de cinéma. Nous voulons donc amener le cinéma vers les enfants », souligne Kevin Mavakala.

Donner une place aux productions congolaises et africaines

Au-delà de l’accès aux projections, le programme affirme vouloir accorder une attention particulière aux productions congolaises et africaines.

L’idée consiste à permettre aux élèves de découvrir différentes formes de cinéma, du film congolais aux productions africaines et, plus largement, au cinéma international. Les organisateurs disent toutefois vouloir mettre en avant les œuvres locales, malgré une offre qu’ils considèrent encore limitée.

« Nous voulons donner à plus d’enfants congolais la possibilité de découvrir le cinéma : d’abord le cinéma congolais, le cinéma africain et, pourquoi pas, le cinéma mondial. Mais nous mettons en avant les productions locales, même s’il n’y en a pas assez », précise le coordinateur.

Le choix des films repose ainsi sur leur intérêt artistique, mais aussi sur leur capacité à contribuer à l’apprentissage et à la réflexion des jeunes spectateurs.

Le cinéma comme outil d’apprentissage

Au-delà du simple divertissement, Pole Projection cherche donc à faire de la séance de cinéma un moment d’apprentissage collectif. Les élèves sont appelés à regarder, mais également à questionner ce qu’ils voient, à échanger autour des œuvres et à développer leur capacité d’analyse.

Cette approche rejoint plus largement les réflexions sur l’éducation aux médias et à l’image, dans un environnement où les enfants et les adolescents sont de plus en plus exposés à des contenus visuels diffusés sur les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les médias.

Pour Pole Corporation, l’enjeu est ainsi de former des spectateurs actifs et éclairés, capables de comprendre les images qui les entourent plutôt que de les consommer passivement.

James Mutuba