C’est dans une terrasse située sur l’avenue Kongo, au quartier Matadi-Kibala, dans la commune de Mont-Ngafula, qu’ils se réunissent. Assis sur des chaises en plastique, femmes et hommes, tous sinistrés des pluies dévastatrices des 12 et 15 décembre 2022, écoutent, dans la soirée, celui qui se présente devant eux comme leur président.
Vêtu d’un costume noir et portant une paire de lunettes sur la tête, Alexandre Kadada insiste auprès de son auditoire sur l’importance de participer à ces réunions dominicales qui, selon lui, permettent de raffermir les liens entre les sinistrés et de mieux identifier les véritables bénéficiaires du projet.
« Ça m’étonne de recevoir des questions en route par d’autres sinistrés qui refusent délibérément d’être ici avec nous. Vous vous rendez la tâche très difficile parce qu’une fois que ces maisons sont achevées et qu’on veut nous loger, c’est à moi qu’on va poser la question des vrais sinistrés », interpelle-t-il.
Dans un message empreint de sarcasme, Alexandre Kadada appelle à la mobilisation de ses pairs, évoquant les craintes de voir certaines autorités orienter le projet vers des personnes qui ne figureraient pas parmi les sinistrés.
« Plusieurs fois, j’ai été au ministère de l’Urbanisme et Habitat. On ne cesse de me demander si ces maisons-là nous appartiennent vraiment. J’ai répondu : oui, ce sont nos maisons. Plusieurs fois, sur le site, un ingénieur d’ACOPRIM m’a dit que ces maisons ne nous appartenaient pas. Je lui ai alors dit : laisse, parce que tu ne maîtrises pas l’histoire de ces maisons », déclare-t-il devant son auditoire.
Des médias pour faire entendre leur voix
En dépit des démarches entreprises pour obtenir gain de cause au sujet de ces logements, dont la livraison était prévue pour la fin de 2024, ces familles disent n’avoir reçu aucune suite favorable.
Entre promesses, attente prolongée et assurances des uns et des autres, le comité entend désormais porter leur cause dans les médias à forte audience. Après des reportages et des émissions qui, selon eux, n’ont finalement pas été diffusés sur la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC), pour diverses raisons, le comité envisage de solliciter des émissions sur d'autres médias, dans l’espoir d’atteindre le chef de l’État, présenté comme l’initiateur du projet.
Pour financer cette démarche, des collectes sont lancées sur place. Deux camps sont constitués : les mamans d’un côté et les papas de l’autre. Le défi est lancé, dans une ambiance qui rappelle certaines pratiques de mobilisation observées dans les églises pentecôtistes.
Le dernier recours : Félix TshisekediAlexandre Kadada se dit convaincu que les fonds destinés à ce projet ont été décaissés. Il affirme même avoir vu de ses propres yeux le « contrat » relatif à ces logements. Mais après avoir effectué des démarches auprès de plusieurs services impliqués dans la réalisation du chantier, lui et le comité des sinistrés envisagent désormais de saisir directement le président de la République, Félix Tshisekedi.
Ce dernier s’était rendu à Matadi-Kibala peu après son retour de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, pour rencontrer les sinistrés.
« Notre souci, c’est de voir le président de la République en personne. Parce que c’est lui-même qui avait eu de la compassion pour ses compatriotes et avait vu comment nous souffrons, comment les gens pleuraient en sa présence, accompagné de son épouse. Il avait demandé au chef du groupement David Matadi-Kibala s’il pouvait trouver un endroit devant abriter des maisons pour les sinistrés. Si rien n’est fait, nous irons le voir afin que nous ayons la solution », dit-il.
Dans l’attente de ces logements, les sinistrés de Matadi-Kibala poursuivent ainsi leur mobilisation, près de quatre ans après les pluies meurtrières qui avaient dévasté plusieurs habitations dans cette partie de Kinshasa.
Une attente que documente déjà une enquête d’ACTUALITÉ.CD publiée le 6 septembre dernier. Celle-ci relevait l’arrêt des travaux des 1 000 logements de Mukilango, alors que leur livraison était annoncée pour septembre 2024. Le chantier, financé à hauteur de 43,155 millions USD, se retrouve ainsi à l’arrêt, avec des interrogations persistantes sur l’état d’avancement du projet et l’utilisation des fonds.
Samyr LUKOMBO