La création du comité chargé de préparer les conditions nécessaires à la tenue du dialogue national suscite déjà des critiques au sein de l’opposition. Dans un communiqué, le mouvement Sauvons la RDC, lié à l’ancien président Joseph Kabila, dénonce une structure qui, selon lui, fait de Félix Tshisekedi « l’alpha et l’oméga du prétendu dialogue national ».

Mis en place dimanche par une ordonnance présidentielle lue par la porte-parole du chef de l’État, ce comité est chargé de préparer la mise en place du cadre devant conduire au « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Pour Sauvons la RDC, les modalités retenues par le président de la République compromettent déjà les chances d’aboutir à des assises inclusives.

« Du début à la fin du processus, du choix des membres du Comité d’organisation au sort ultime des résolutions issues de ce pseudo dialogue, tout, absolument tout est soumis à sa volonté et relève de son seul pouvoir discrétionnaire », dénonce la plateforme politico-sociale.

Sauvons la RDC fustige ainsi ce qu’il qualifie de « conception absolutiste du pouvoir » consacrée par l’ordonnance présidentielle. Le mouvement estime que cette décision vient « doucher l’espoir » de ceux qui voyaient dans le dialogue annoncé « un ultime sursaut de maturité politique et d’une réelle volonté de rétablir la cohésion nationale ».

Dans son communiqué, la plateforme proche de Joseph Kabila va plus loin et accuse le pouvoir en place de s’inscrire dans une logique de « tyrannie uniquement préoccupée par sa propre préservation, la consolidation du pouvoir prédateur de son Chef et la perpétuation des avantages matériels et financiers pour ce dernier et ses proches ». Face à cette situation, elle considère que « l’Article 64 de la Constitution est la seule option pour le salut de la RDC ».

Sauvons la RDC appelle enfin ceux qu’il qualifie de « résistants à la tyrannie » à privilégier une lutte « révolutionnaire » plutôt que « réformiste », estimant que seule une révolution peut, selon elle, « rétablir notre peuple dans sa souveraineté, aujourd’hui confisquée par une caste de mafieux ».

Un comité qui précède la commission préparatoire

L’ordonnance présidentielle institue un dispositif en deux étapes. Le comité créé n’est pas encore la commission préparatoire du dialogue. Il doit d’abord organiser sa mise en place et réunir les conditions nécessaires à la tenue du processus.

Placé sous l’autorité directe du président de la République, le comité sera composé d’un coordonnateur, d’un coordonnateur adjoint et de membres désignés par Félix Tshisekedi, qui pourra également mettre fin à leurs fonctions.

Le chef de l’État pourra par ailleurs intégrer à cette structure toute personnalité ou personne-ressource dont la contribution sera jugée nécessaire. La composition du comité n’a pas encore été rendue publique.

Parmi ses missions figurent notamment l’organisation de rencontres préalables avec les différentes composantes, l’identification des besoins matériels, financiers, techniques, sécuritaires, logistiques, communicationnels et protocolaires du dialogue, ainsi que l’établissement de contacts avec les partenaires nationaux et internationaux, conformément aux orientations du président de la République.

Le comité sera assisté d’un secrétariat technique composé de onze experts, également désignés par Félix Tshisekedi. Ceux-ci devront notamment élaborer les termes de référence et la feuille de route, réaliser des études et analyses, centraliser les contributions issues des consultations et rédiger les comptes rendus des réunions.

Cette forte implication du président de la République dans la préparation du dialogue suscite l’hostilité d’une partie de l’opposition, qui réclame un arbitre neutre pour conduire le processus censé favoriser la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État.

L’Église catholique apparaît, pour plusieurs opposants, comme l’institution privilégiée pour jouer ce rôle. Le processus devrait notamment être précédé de consultations dans les 26 provinces du pays, une démarche à laquelle la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) ne semble toutefois pas adhérer.

Samyr LUKOMBO