Intervenant samedi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l'analyste politique Christian Moleka a livré une lecture du rapport de force qui s'est noué depuis le mois de mai entre le pouvoir et l'opposition, estimant que l'enjeu actuel n'est plus le principe même d'un dialogue, sur lequel toutes les parties semblent désormais s'accorder, mais bien sa temporalité, et surtout la question de savoir quel agenda politique finira par s'imposer dans la « République des affaires ».

Selon lui, l'opposition est parvenue, à partir de mai, à imposer un rapport de force qui a pris de court une majorité l'ayant initialement sous-estimée. La ville morte de mai, puis le sit-in de juin devant le Palais du peuple, n'ont pas seulement démontré une capacité de mobilisation intérieure : ils ont surtout permis à l'opposition de restaurer sa crédibilité à l'international, à un moment où beaucoup, y compris parmi les partenaires étrangers, la jugeaient divisée et incapable de peser réellement sur le cours des événements. 

Ce rétablissement, selon Christian Moleka, a contraint la majorité à changer de méthode : d'une approche jugée plus agressive et confrontationnelle, le pouvoir serait passé, depuis les événements de fin juin-début juillet, à une stratégie politico-diplomatique visant à désamorcer l'opposition non plus par la répression, mais par des manœuvres retardatrices qui lui permettent de conserver, en toile de fond, son projet initial de changement constitutionnel ou de référendum.

C'est dans cette logique, poursuit l'analyste, que s'inscrit le renvoi de la loi sur le référendum au Parlement. Ce geste offrirait au président deux avantages simultanés : d'une part, un signal d'apaisement et d'ouverture au dialogue, d'autre part, un gain de temps considérable, puisque la session parlementaire s'étendant du 15 septembre au 15 décembre lui donne près de trois mois pour manœuvrer au gré de la conjoncture. 

Le projet de changement constitutionnel n'est donc pas abandonné, insiste Christian Moleka, mais simplement mis en suspens, comme une option strictement opportuniste que le chef de l'État pourra réactiver à tout moment si le rapport de force lui redevient favorable. Ainsi, conclut-il, Félix Tshisekedi maîtriserait à la fois l'agenda de l'ouverture au dialogue et celui d'un possible retour offensif sur la question référendaire, gardant en main les deux leviers du jeu politique.