La République démocratique du Congo dispose d’un potentiel financier considérable pour accélérer son développement. Mais entre les financements annoncés, les conventions signées et les investissements effectivement réalisés, un écart persistant continue de limiter l’impact des ressources extérieures sur l’économie nationale. C’est précisément sur cette question que le Président de la République, Félix Tshisekedi, a mis l’accent lors de la 96e réunion du Conseil des ministres, vendredi 14 août, invitant le gouvernement à mener une action résolue pour renverser cette tendance.

Selon les conclusions d’une analyse de l’Inspection générale des finances (IGF) présentées au Chef de l’État, le portefeuille actif des projets financés par les partenaires techniques et financiers représente plus de 10,7 milliards de dollars américains. Pourtant, seulement 24,3 % des financements engagés ont été décaissés, laissant ainsi plus de 8,3 milliards de dollars américains disponibles, sans produire les effets économiques et sociaux attendus.

« Cette situation traduit une faible capacité à convertir les financements mobilisés en investissements effectifs, en raison notamment des lourdeurs procédurales, des retards dans la mobilisation des fonds de contrepartie et de l’insuffisance de pilotage. Elle affecte l’efficacité de l’action publique et la crédibilité de l’État auprès de ses partenaires. D’où la nécessité d’instaurer une culture de l’exécution et des résultats afin que chaque financement mobilisé produise un impact concret sur les conditions de vie de nos populations », a souligné Félix Tshisekedi, selon le compte-rendu de la réunion.

À cet effet, renseigne le compte rendu de la réunion, le Président de la République a instruit la Première ministre de faire de l’amélioration du taux de décaissement des projets financés sur ressources extérieures une priorité de l’action gouvernementale. Il lui a également demandé de lui soumettre un plan gouvernemental de redressement précisant les actions à mener, les responsabilités, les objectifs de performance ainsi que les mécanismes de suivi et de redevabilité.

« Le Président de la République a enjoint au Vice-Premier ministre, ministre du Budget, au ministre d’État, ministre du Plan, ainsi qu’au ministre des Finances, de garantir la disponibilité des fonds de contrepartie, de simplifier et de digitaliser les procédures relevant de leurs compétences et de renforcer la coordination avec les partenaires techniques et financiers. Les ministres sectoriels ont également été instruits d’identifier et de lever sans délai les obstacles affectant leurs projets et d’en assurer un suivi régulier fondé sur des indicateurs de performance », rapporte le compte-rendu.

Le Chef de l’État a insisté sur la mise en place d’un mécanisme interministériel permanent de suivi. L’instauration d’un tableau de bord national des projets financés sur ressources extérieures permettrait de passer d’un suivi administratif dispersé à une vision consolidée de la performance du portefeuille, tout en renforçant le rôle de l’Inspection générale des finances dans l’accompagnement du Gouvernement de la République.

«La Première ministre devra mettre en place un mécanisme interministériel permanent de suivi, adossé à un tableau de bord national permettant de suivre, pour chaque projet, les décaissements, l’état d’exécution, les contraintes et les mesures correctives. Enfin, le Président de la République a instruit l’Inspection générale des finances, dans le respect de ses attributions, de poursuivre son travail d’accompagnement, d’alerte et d’évaluation de la performance de ces projets ».

Alors que la République démocratique du Congo cherche à accélérer la mise en œuvre de ses programmes de développement et à mobiliser davantage de ressources auprès de ses partenaires techniques et financiers, la question de l’absorption et de l’exécution effective des financements disponibles demeure un enjeu majeur. Le pays bénéficie de plusieurs engagements financiers destinés notamment aux infrastructures, à l’énergie, à l’agriculture, à la santé, à l’éducation et au développement local. Toutefois, la mobilisation de ces ressources ne garantit pas automatiquement leur transformation en investissements et en réalisations concrètes sur le terrain.

Cette instruction présidentielle intervient dans un contexte marqué par un débat dans l’environnement sociopolitique congolais sur l’utilisation des fonds récemment levés par le Gouvernement de la République, notamment à travers les émissions d’Eurobonds, ainsi que sur la capacité de l’État à disposer de projets suffisamment matures pour assurer l’utilisation et l’affectation efficaces de ces différentes ressources mobilisées auprès des partenaires et sur les marchés financiers internationaux.

Au-delà de la mobilisation des financements, la question porte désormais sur la capacité du Gouvernement à transformer ces ressources en investissements productifs, à travers des projets clairement identifiés, suffisamment préparés et susceptibles de produire des résultats concrets sur le plan économique et social.

Clément MUAMBA