Le député national Iracan Gratien de Saint-Nicolas estime que des défaillances dans la surveillance épidémiologique ont favorisé la propagation rapide de l’épidémie d’Ebola en Ituri. Lors d’un point de presse jeudi à Bunia, il a appelé à tirer les conséquences de ces dysfonctionnements et à établir les responsabilités une fois l’épidémie maîtrisée.
De retour à Bunia dans le cadre de ses vacances parlementaires, Iracan Gratien de Saint-Nicolas dit avoir consacré une partie de son séjour à l’évaluation de la situation sanitaire de la province. Au cours de son point de presse, il a particulièrement mis en cause le fonctionnement du système de surveillance épidémiologique au début de l’épidémie.
Pour cet élu de Bunia-ville, l’évolution rapide du nombre de cas après la déclaration de l’épidémie traduit des insuffisances dans la détection précoce de la circulation du virus.
«Il faut dire clairement qu’il y a une défaillance dans la surveillance épidémiologique. Le système de santé est pourtant organisé de telle manière que lorsqu’il y a un cas suspect, l’information doit remonter de l’aire de santé jusqu’à la zone de santé, à la division provinciale de la santé et au ministère. Il y a eu une défaillance et, pour cela, on doit s’actionner», a déclaré Iracan.
Le député estime que la circulation du virus aurait pu commencer avant la détection officielle des premiers cas. Il évoque l’hypothèse d’une circulation dès janvier ou février, tout en reconnaissant que des recherches sont encore nécessaires pour déterminer avec précision la chronologie de l’épidémie.
Il estime surtout que cette question ne devrait pas être évacuée une fois la crise sanitaire terminée. Il demande qu’une évaluation permette de déterminer les éventuelles responsabilités dans les dysfonctionnements observés.
«Peut-être qu’ils ont de la chance parce qu’ils sont plus préoccupés par la fin de l’épidémie. On veut arrêter l’épidémie, mais lorsque l’épidémie sera maîtrisée, il faudra établir les responsabilités. Je le défendrai personnellement, parce qu’on ne doit pas laisser passer cela pour des raisons qu’on ne connaît pas», a-t-il insisté.
Le député critique également le fonctionnement de certaines zones de santé. Il affirme avoir échangé avec des responsables provinciaux de la santé sur la nécessité de revoir le fonctionnement de certaines équipes médicales, estimant que certains médecins chefs de zone ne seraient pas suffisamment présents sur leurs lieux d’affectation.
Ces déclarations constituent le constat et les accusations formulés par l’élu. Elles ne permettent pas, à elles seules, d’établir une responsabilité individuelle des agents ou responsables sanitaires concernés.
Gratien Iracan met par ailleurs en cause les faiblesses structurelles du système de santé. Il estime que les hôpitaux devraient disposer en permanence d’espaces d’isolement pour les patients suspects ou contagieux, au lieu d’attendre la survenue d’une épidémie pour installer des structures temporaires.
«On ne doit pas attendre que l’épidémie apparaisse pour pouvoir donner des solutions à cela», a-t-il soutenu, appelant à renforcer durablement les capacités du système de santé.
La réponse reste par ailleurs confrontée à des difficultés liées notamment au manque de personnels formés, de partenaires opérationnels et de financements, selon l’Organisation mondiale de la santé.
Pour Iracan, la fin de l’épidémie devra donc être suivie d’une évaluation approfondie de la réponse sanitaire afin d’identifier les failles du dispositif et d’éviter que les mêmes insuffisances ne se reproduisent lors d’une prochaine crise.
Cette analyse intervient alors que l’épidémie de maladie à virus Ebola continue de peser fortement sur l’Ituri. Les données communiquées jeudi font état de plus de 6 800 cas confirmés en RDC et de plus de 3 300 décès, l’Ituri demeurant la province la plus touchée avec plus de 5400 cas.
Freddy Upar, à Bunia