Un important dispositif sécuritaire de la police a été déployé ce mardi 15 septembre dans plusieurs points chauds de la ville de Kindu, chef-lieu de la province du Maniema, à l'occasion de la marche pacifique annoncée par la Coalition Article 64 (C64) contre tout projet de révision constitutionnelle. Des éléments de la police ont été visibles devant l'ensemble des sièges des partis politiques de la ville, notamment devant celui d'Ensemble pour la République, le parti de Moïse Katumbi, ainsi que devant les domiciles de plusieurs personnalités de l'opposition locale, dont celui de l'honorable Florent Choma, député provincial d'Ensemble pour la République.

Ce déploiement intervient après l'arrestation, samedi 12 septembre, de douze militants de la C64/Maniema, interpellés alors qu'ils menaient une campagne de sensibilisation en prélude à la manifestation. Parmi eux figuraient notamment Jovit Famba, coordonnateur provincial de la Jeunesse du parti Ensemble pour la République chargé de la mobilisation, Pascal Kasema, Milla Dipenge et Omba Lumumba. La coalition avait dénoncé des « arrestations arbitraires » et sollicité une médiation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), tout en maintenant son appel à manifester. Aucun bilan officiel du déroulement de la marche à Kindu n'a été communiqué à ce stade par les autorités provinciales.

Malgré l'appel de l'opposition à marcher ce mardi, les activités commerciales se sont poursuivies normalement dans la province du Maniema. Les élèves ont étudié comme d'habitude, tandis que les travailleurs ont poursuivi librement leurs activités.

Dans une déclaration à la presse, le ministre provincial de l'Intérieur, Maître Lawamo Selemani Taylor, a salué la maturité de la population du Maniema, qui, selon lui, n'a pas suivi le mot d'ordre de l'opposition.

« Je suis en train de faire des tours dans la ville de Kindu et prendre connaissance de ce qui se passe dans le territoire. C'est parce qu'on a appris que l'opposition avait projeté une marche pour ce 15 ici. Nous, en tant que ministres de l'ordre public, on devait se rassurer sur la libre circulation de la population. Un calme habituel, il n'y a aucun événement sur le terrain. Justement, on a rencontré quelques clandestins qui avaient tendance à déplier, ils ont été inquiétés. C'est pour ça que jusqu'à cette heure ici, la situation est sous contrôle. Vous-même, vous êtes en train de vous rassurer que la population va librement à ses occupations. La population du Maniema attend les dialogues tels qu'annoncés par le chef de l'État, l'unique voie pour amener la paix dans la province du Maniema et en République démocratique du Congo », a-t-il déclaré.

Pendant ce temps, l'organisation non gouvernementale Haki za Binadamu Maniema regrette le déploiement important des forces de sécurité à l'occasion de cette marche. Son représentant, Raphaël Upelele Lokenga, salue par ailleurs les organisateurs pour avoir, selon lui, respecté les lois de la République démocratique du Congo.

« Les partis politiques de l'opposition et leurs alliés dans la coalition C-64 avaient annoncé plusieurs jours avant l'organisation d'une dernière marche pacifique en vue d'exprimer notamment l'attachement au respect de la Constitution, à la défense de l'État de droit, à la décrispation du climat politique, à la convocation d'un dialogue national inclusif, ainsi qu'à la remise de leur mémorandum à l'Assemblée provinciale du Maniema. Par correspondance du 9 septembre courant, adressée au maire de la ville avec ampliation à d'autres autorités provinciales, ils ont informé ces derniers de la tenue de cette activité », a-t-il indiqué.

Il a rappelé que depuis samedi 12 septembre, plusieurs partisans de cette coalition politique ont été arrêtés et détenus au niveau de la direction provinciale de l'ANR au Maniema. Tout en condamnant cette privation de liberté par les autorités en place, Haki za Binadamu félicite néanmoins les organisateurs pour n'avoir pas cherché à s'affronter avec les services de sécurité déployés. L'organisation exige la libération sans condition de tous les membres des partis politiques et de leurs alliés détenus au cachot de l'ANR, et recommande qu'il soit mis fin à cette violation d'un droit pourtant garanti par la Constitution.

Ce dispositif s'inscrit dans un climat de tension similaire observé le même jour dans plusieurs autres villes du pays : marches dispersées à Bandundu et Kikwit (Kwilu), interdiction à Lubumbashi malgré le maintien de la mobilisation par la C64, et interdiction pour motifs sanitaires à Kisangani (Tshopo), en lien avec la résurgence de l'épidémie d'Ebola. À Kinshasa, en revanche, un accord sur l'itinéraire a permis à la marche de se dérouler sous encadrement policier.

Chadrac Londe, à Kindu