Le gouvernement provincial du Sud-Kivu, dirigé par le gouverneur Jean-Jacques Purusi depuis Uvira et dépendant du gouvernement central basé à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, fustige ce qu’il considère comme « l’insuffisance, voire l’inaction » des rebelles de l’AFC/M23 qui administrent actuellement la ville de Bukavu, face à une situation qui exige, selon lui, une mobilisation permanente. Il dénonce également le contexte de pression et de prédation auquel est soumise la population de Bukavu, confrontée à une succession de drames et à une précarité extrême sous l’administration de l’AFC/M23.

Cette réaction fait suite à un nouvel incendie qui s’est déclaré à Funu B, dans le quartier Cimpunda, commune de Kadutu, à Bukavu, causant un lourd bilan humain et matériel. Selon un communiqué du gouvernement provincial parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD jeudi 10 septembre 2026, les premières informations recueillies auprès des structures sanitaires font état de plus de 26 enfants décédés, dont 19 filles et 7 garçons, en majorité des élèves de l’École primaire FARAJA. Le bilan, encore provisoire, pourrait malheureusement s’alourdir au regard de la violence du sinistre, qui a ravagé plusieurs ménages.

Pour le gouvernement provincial, ce nouveau drame intervient alors que Bukavu connaît, depuis plusieurs mois, une succession préoccupante d’incendies ayant déjà détruit de nombreux logements et endeuillé plusieurs familles. Il y a à peine deux jours, rappelle l’exécutif provincial, il avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur cette situation. Selon lui, la répétition de ces catastrophes dans une ville densément peuplée comme Bukavu ne peut plus être considérée comme une simple succession d’événements isolés.

Elle pose, estime-t-il, une question fondamentale : quelles mesures de prévention, d’alerte précoce, de protection civile et d’intervention rapide sont réellement mises en œuvre pour protéger les populations ?

« Le Gouvernement provincial dénonce avec la plus grande fermeté l’insuffisance, voire l’inaction des Rebelles de l’AFC/M23 qui administrent actuellement la ville de Bukavu, face à une situation qui exige pourtant une mobilisation permanente. Il dénonce également le contexte de pression et de prédation auquel la population de Bukavu, confrontée à une succession de drames et à une précarité extrême, est soumise sous l’administration de la Rébellion de l’AFC/M23, préoccupée à assujettir la population à une multitude de prélèvements, notamment des taxes dites d’assainissement, des taxes sur l’exercice des activités commerciales, y compris sur le petit commerce, auxquelles s’ajoutent, selon plusieurs témoignages, des actes d’intimidation, de violence et de flagellation, plongeant les citoyens dans un véritable climat de peur, de terreur et d’humiliation », dénonce le gouvernement provincial du Sud-Kivu.

Poursuivant sa dénonciation, le gouvernement provincial, qui dépend du pouvoir central à Kinshasa, affirme que cette situation s’apparente à une forme d’exploitation et d’asservissement de la population, pendant que les rebelles semblent davantage préoccupés par la collecte de ressources et le contrôle des citoyens que par leur protection, leur sécurité et leur bien-être.

« Le Gouvernement provincial condamne fermement ces pratiques et rappelle que la population de Bukavu, déjà éprouvée par les conflits, les déplacements, la pauvreté et aujourd’hui par la multiplication des incendies meurtriers, mérite protection, dignité et assistance, et non davantage de contraintes, de prélèvements et de violences. Une autorité qui contrôle une ville a avant tout le devoir de protéger la vie et les biens des populations. Lorsque des quartiers entiers brûlent, lorsque les secours peinent à intervenir, lorsque les familles sont abandonnées face aux flammes et lorsque des enfants perdent la vie, le silence et l’inaction ne peuvent constituer une réponse politique acceptable », dénonce une nouvelle fois le gouvernement provincial du Sud-Kivu.

Par ailleurs, le gouvernement provincial demande que toute la lumière soit faite sur les circonstances exactes de ce nouveau drame. Il importe notamment, selon lui, de déterminer l’origine exacte du feu, les conditions dans lesquelles il s’est propagé, les dispositifs de prévention et de secours disponibles au moment du sinistre, les éventuelles défaillances techniques ou humaines ainsi que les responsabilités éventuelles.

« Aucune hypothèse ne doit être transformée en vérité avant les conclusions d’une enquête sérieuse. Mais aucune piste ne doit non plus être négligée. La population de Bukavu a droit à la vérité », indique le gouvernement provincial du Sud-Kivu.

L’exécutif provincial appelle également les ménages à une vigilance accrue concernant l’utilisation des systèmes photovoltaïques, des batteries, des onduleurs et des équipements de stockage d’énergie solaire, dont l’usage s’est fortement développé en raison des difficultés d’accès à l’électricité.

Face à la multiplication des incendies, le gouvernement provincial appelle à la mise en place urgente d’un mécanisme structuré de prévention et de réponse aux incendies à Bukavu. Il propose notamment :

1. La mise en place d’un système d’alerte rapide dans les quartiers ;

2. Le déploiement de moyens adaptés d’intervention et d’évacuation ;

3. L’identification des zones particulièrement exposées ;

4. La sensibilisation régulière des ménages ;

5. Le contrôle technique des installations électriques et solaires à risque ;

6. La sécurisation des établissements scolaires situés dans les zones densément peuplées ;

7. Une coordination efficace des services de secours.

« Nous ne pouvons pas attendre que le bilan humain atteigne davantage de victimes pour agir. Le Gouvernement provincial réaffirme que chaque vie perdue est une vie de trop. Cette tragédie doit provoquer non seulement des larmes et des condoléances, mais également une prise de conscience, une enquête et surtout une action immédiate. La protection des populations n’est pas une faveur : c’est une responsabilité », insiste le gouvernement provincial du Sud-Kivu.

C’est le drame le plus meurtrier touchant le secteur éducatif depuis l'enchaînement des incendies il y a peu en RDC. Au moins 20 élèves ont péri ce jeudi 10 septembre dans un incendie qui a ravagé deux écoles dans la commune de Kadutu, à Bukavu (Sud-Kivu). Une vingtaine d'autres sont blessés et pris en charge dans les hôpitaux de la ville. 

Ces chiffres encore provisoires sont confirmés à ACTUALITE.CD par des sources médicales et les autorités de la rébellion de l’AFC/M23. Dans l’avant-midi, les écoles primaires Ujamaa et Furaha, se trouvant dans le quartier Cimpunda ont été gravement touchées par le feu parti, selon des sources locales, d’une habitation voisine. 

Plusieurs élèves surpris par les flammes ont été asphyxiés, poussant certains à perdre connaissance. De nombreux élèves sont décédés sur le champ, alors que plusieurs victimes ont été dépêchées à l'hôpital général provincial de Bukavu, comme l’ont témoigné des multiples navettes des ambulances dans la ville la journée. Ce soir, des sources affirment que la vingtaine d’écoliers pris en charge présentent un état “relativement bon”.

Clément MUAMBA